Situation alarmante à la frontière grecque

S’EN PRENDRE À DES PERSONNES FUYANT LA GUERRE REMET EN CAUSE LE PRINCIPE MÊME D’HUMANITÉ

  • Médecins du Monde dénonce la présence militaire autour des réfugiés qui tentent de rejoindre la Grèce ainsi que les attaques qu’ils subissent et la surpopulation dans les centres d’accueil des îles grecques.
  • Nous nous alarmons également du harcèlement subi par les organisations humanitaires.
  • Dans les villes turques où se trouvent des réfugiés, l’eau, la nourriture et les services de santé ne sont pas accessibles. Les enfants sont en grande vulnérabilité.

UNE DÉCISION INHUMAINE

La décision du gouvernement grec de suspendre le droit d’asile est inhumaine et illégale. Elle met en danger des vies humaines et exposera le pays à des sanctions internationales. La loi sur les procédures d’octroi d’asile votée par la Grèce le 31 octobre 2019 facilite l’expulsion des demandeurs d’asile, soit vers leur pays d’origine, soit vers le pays d’entrée sur le territoire européen, ce qui est contraire au droit fondamental à l’asile prévu dans la Convention de Genève. « Cette législation doit être retirée immédiatement. Nous devons cesser de renvoyer des personnes vers des endroits où leurs vies sont en danger », déclare Eugenia Thanou, directrice générale de Médecins du Monde Grèce.

En conséquence, les personnes piégées aux frontières de l’Europe sont victimes d’attaques et subissent des mauvais traitements. Elles ne pourraient pas entrer légalement en Grèce si elles le voulaient, car personne ne leur offre vraiment cette possibilité.

Beaucoup viennent du nord de la Syrie, qui a été le plus durement touché par la recrudescence de la guerre, mais des migrants d’autres pays – tels que la Somalie, le Soudan, l’Afghanistan ou l’Iran – arrivent également sur la côte méditerranéenne. Pour eux, la Turquie est extrêmement dangereuse. Même s’ils ont des revenus, l’obligation de déclarer leur localisation tous les 15 jours, ce qui ne peut se faire que dans certains endroits souvent éloignés de leur domicile, rend leur survie impossible.

« Traiter ainsi des personnes fuyant la guerre est inhumain. Ce ne sont pas seulement des bateaux qui coulent, on parle du concept même d’humanité », affirme Eugenia Thanou.

UNE MONTÉE INQUIÉTANTE DE L’EXTREMISME

En Grèce, le comportement extrémiste observé par des civils, l’armée et la police à l’encontre des réfugiés et des organisations humanitaires est très alarmant.
« Alimenter la suspicion et répandre la haine contre les initiatives de solidarité est irresponsable et dangereux », a signalé la porte-parole de Médecins du Monde.

Notre association estime que le climat de panique qui a été créé ne correspond pas à la réalité et affecte gravement non seulement ceux qui sont victimes de harcèlement et de persécution, mais aussi la société dans son ensemble.

La rhétorique du « bouclier » maintenue par la Commission européenne n’aide pas dans ce contexte. Il serait plus utile de mettre en place des mécanismes urgents, équitables et rationnels pour relocaliser dans d’autres pays de l’UE les demandeurs d’asile qui se trouvent en Grèce.

RÉPONDRE AUX BESOINS VITAUX DES PERSONNES MIGRANTES

En attendant, il est urgent de répondre aux besoins humanitaires tant de ceux qui arrivent au large des côtes grecques que de ceux qui demeurent dans les centres surpeuplés des îles. Le désencombrement de ces centres par la relocalisation des demandeurs d’asile dans d’autres pays européens doit être une priorité, surtout dans le cas des mineurs.

La situation est aussi désastreuse dans les régions de Turquie proches de la frontière grecque, comme Edirne, où les réfugiés dorment dans la rue, sans aucune mesure de protection. Dans les installations provisoires et précaires, il n’y a aucun service de santé, ce qui est pourtant urgent. Il n’y a pas non plus d’accès à l’eau potable et à la nourriture. Il y a des besoins urgents, notamment pour les enfants réfugiés.

Médecins du Monde Grèce a signé jeudi dernier, avec 30 autres organisations, une lettre adressée aux autorités grecques et européennes, soulevant ces préoccupations. Par ailleurs Médecins du Monde rappelle avoir des équipes mobilisées dans ces pays impliqués dans la crise actuelle (Syrie et Grèce).

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