3 minutes
En cours de lecture Le génocide se poursuit à bas bruit à Gaza : Médecins du Monde témoigne des effets à long terme des privations de soins sur la population
Article

Le génocide se poursuit à bas bruit à Gaza : Médecins du Monde témoigne des effets à long terme des privations de soins sur la population

Article 08.10.2026
Gaza | Un enfant et sa mère au centre de nutrition du centre de santé primaire n° 5 d'Al-Jalaa © Moath Abu Al-Laban

© Moath Abu Al-Laban

  • Le génocide se poursuit à bas bruit à Gaza : Médecins du Monde témoigne des effets à long terme des privations de soins sur la population

Trois ans après le début du génocide à Gaza et près d'un an après l'annonce du cessez-le-feu, Médecins du Monde publie de nouvelles données sur les conditions de vie indignes et leurs effets sur la santé de la population palestinienne.

Déplacements répétés, accès aux soins fortement limité, détresse psychologique, malnutrition, maladies liées à des conditions de vie insoutenables : les bombardements et la violence sont moins visibles, mais les attaques de l’armée israélienne persistent. Les effets de la guerre continuent de s’inscrire dans les corps et condamnent tout un peuple à une mort lente et silencieuse.

Une violence silencieuse qui s’exerce sur plus de 2 millions de personnes

À Gaza, plus de 2 millions de personnes vivent toujours dans des conditions humanitaires et sanitaires catastrophiques. Les violations du cessez-le-feu se poursuivent et l’accès à l’aide humanitaire reste gravement entravé. Les équipes de Médecins du Monde témoignent d’une autre forme de violence, plus silencieuse : celle qui frappe une population dont la santé se dégrade durablement, faute de conditions pour prévenir, soigner et guérir.

Cette violence insidieuse porte atteinte à l’intégrité physique et mentale, à la dignité et à l’avenir des Palestiniens et Palestiniennes.

Blocus de l’aide humanitaire

En entravant l’accès de toute une population aux soins, à la nourriture, à l’eau, aux conditions de vie nécessaires à sa survie et aux moyens de se reconstruire, le blocus de l’aide humanitaire par l’État d’Israël contribue à la destruction des conditions indispensables à la vie et à la santé des Gazaoui·e·s. À ce titre, il contribue au génocide.

Déplacements répétés et logements insalubres

Les restrictions sur l’accès à l’aide humanitaire et les déplacements répétés privent les familles des conditions essentielles à leur santé.

  • 97 % des ménages interrogés ont été déplacés au moins une fois depuis octobre 2023. Et près de la moitié a été forcée de se déplacer entre cinq et dix fois.
  • 93 % des personnes interrogées vivent dans un logement insalubre présentant des risques pour leur santé.

Ces déplacements successifs contraignent les familles à vivre dans des conditions insoutenables, tout en les privant des soins nécessaires pour prévenir et traiter les maladies. Le manque d’eau potable, d’assainissement et d’hygiène favorise la propagation de maladies comme les diarrhées, les infections respiratoires et les maladies cutanées.

« La maladie est notre véritable compagne en temps de guerre et de famine » Les atteintes à la santé des Palestinien·ne·s, orchestrées sur le long terme : un élément clé du génocide en cours

Lire notre rapport

Un système de santé effondré

Les familles ne disposent pas toujours des soins nécessaires pour prévenir ou traiter ces maladies : 42 % des personnes interrogées n’ont pas pu accéder aux soins au cours des trois derniers mois.

Le système de santé est profondément détruit, avec des infrastructures fermées, des équipes médicales déplacées et un manque de médicaments. Des maladies qui pourraient être évitées et prises en charge précocement s’aggravent et nuisent gravement à l’état de santé de la population.

La maladie, nouveau quotidien des familles : les enfants de moins de 5 ans particulièrement touchés

84 % des enfants de moins de 5 ans ont été malades au cours des trois derniers mois : diarrhées, fièvre, problèmes respiratoires, maladies de peau. Nos équipes constatent que ces maladies, quasiment toutes évitables avec des soins de santé primaires, se multiplient à cause des conditions de vie extrêmes.

Malnutrition des femmes enceintes et allaitantes

93 % des femmes enceintes et allaitantes présentent des symptômes d’anémie – conséquence notamment de la malnutrition, alors que seulement 17 % d’entre elles mangent suffisamment varié pour couvrir leurs besoins nutritionnels. Depuis janvier 2026, nos équipes ont déjà pris en charge 458 enfants et 1’533 femmes enceintes et allaitantes pour malnutrition.

Des besoins en santé mentale qui ont plus que doublé

Les besoins en santé mentale et en soutien psychosocial sont passés d’environ 485’000 personnes avant la guerre à plus d’un million en 2025.

Mes enfants ont changé. Ils ont davantage peur, ils s'inquiètent pour la nourriture et ne se sentent plus en sécurité. Ils comptent chaque bouchée et calculent la quantité de pain que nous devrions manger chaque jour. Ils ont perdu l'espoir que demain soit un jour comme les autres. J'ai moi aussi l'impression d'avoir changé. Avant, je pensais à la scolarité des enfants, à la famille et à l'avenir. Aujourd'hui, la plupart de mes pensées tournent autour de la recherche de nourriture, d'eau et d'un abri, ainsi que de la sécurité de mes enfants et de leur avenir incertain.

Témoignage d’une patiente recueilli par les équipes de Médecins du Monde à Gaza.

Ces conditions humanitaires et sanitaires persistantes font partie du processus de destruction de la population palestinienne et s’inscrivent dans le génocide, qui se poursuit à bas bruit.

« Le cessez-le-feu n’a malheureusement pas mis fin au génocide. À Gaza, les besoins humanitaires restent immenses, les infrastructures sont largement détruites et le système de santé reste en état d’effondrement. Chaque jour où le système de santé n’est que partiellement opérationnel est un jour où des maladies évitables risquent de devenir chroniques et mortelles. Ce que nous observons aujourd’hui aura des conséquences à très long terme sur la santé et l’avenir de la population palestinienne. Il ne s’agit donc pas seulement de répondre à une urgence : il faut mettre fin aux conditions qui produisent cette dégradation de la santé. » Hortense Devalière, Responsable de plaidoyer international de Médecins du Monde

Centre de santé de soins primaires Al-Jalaa, Gaza City, 2026 © Moath-Abu-Al-Laban

© Moath Abu Al-Laban

Centre de santé de soins primaires Al-Jalaa, Gaza City, 2026.

Il faut mettre fin aux conditions qui produisent cette dégradation de la santé

Médecins du Monde intervient sur l’ensemble du territoire palestinien occupé depuis plus de 30 ans :

  • À Gaza, nos équipes assurent des soins de santé primaire à travers plusieurs centres de santé. Elles permettent des consultations de médecine générale, de
    santé mentale et soutien psychosocial, des soins en santé sexuelle et reproductive, de la vaccination, et un soutien nutritionnel notamment.
  • En Cisjordanie, Médecins du Monde opère de Jenin à Bethlehem en déployant une unité de santé mobile pour répondre aux besoins accrus, notamment en santé mentale, tout en renforçant la préparation aux urgences des acteurs de santé.