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Haïti : entre escalade armée et inondations, l’aide humanitaire peine à atteindre les populations

Article 30.10.2026
Un membre des pompiers haïtiens enlève une barricade à Port-au-Prince, le 27 octobre 2026 © Keytone / EPA /Jonet St. Elois

© Keytone / EPA / Jonet St. Elois

  • Haïti : entre escalade armée et inondations, l’aide humanitaire peine à atteindre les populations

Depuis le 18 octobre, les affrontements entre la Force de répression des gangs (FRG) et les groupes armés se multiplient autour de Port-au-Prince. Au même moment, des pluies diluviennes frappent le Grand-Sud. Médecins du Monde Suisse, présente en Haïti depuis 1995, alerte : l’accès humanitaire n’a jamais été aussi restreint, alors que les besoins explosent.

Une escalade armée aux portes de la capitale

Le 18 octobre, un véhicule de la FRG a été attaqué à Santo, dans la commune de Croix-des-Bouquets. Quatre techniciens militaires salvadoriens sont portés disparus depuis. Les opérations de recherche ont déclenché des combats intenses avec les groupes armés de la Plaine du Cul-de-Sac ; les habitant·es ont été sommé·es de rester chez elles/eux.

Le 24 octobre, quatre corps calcinés ont été retrouvés près de Port-au-Prince. Le président salvadorien a démenti qu’il s’agisse de ses soldats ; leur identité n’est pas confirmée à ce jour. Le Salvador a annoncé le 28 octobre le déploiement de plus de 2’000 militaires, laissant craindre une intensification des combats en zones densément peuplées.

A Port-au-Prince les personnes blessées par balle ou par explosion de drone se multiplient, dont des femmes et des enfants. Dans les hauteurs de Kenscoff, les incidents graves prolongent une série d’attaques qui avait fait au moins 47 morts et plus de 50 enlèvements fin août.

Les personnes blessées mettent des heures à rejoindre les rares hôpitaux fonctionnels en raison des routes et ponts bloqués, déplacements à haut risque, structures de santé de proximité fermées.

Deux travailleurs humanitaires tués

Le 29 octobre, le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) a annoncé le meurtre de deux de ses collaborateurs à Port-au-Prince. Médecins du Monde est affecté par cette terrible nouvelle et partage ses condoléances et son soutien à NRC et aux familles endeuillées. Dans un contexte de violences persistantes, préserver l’espace humanitaire est indispensable pour répondre aux besoins urgents, maintenir les services essentiels et éviter que les populations les plus vulnérables ne soient davantage isolées.

Chaque jour, nous devons choisir entre la sécurité de nos équipes et l’accès aux patientes et patients. Ce sont les plus vulnérables, notamment les femmes et les survivantes de violences, qui paient le prix de cet isolement. Le terrible meurtre de deux confrères humanitaires nous touchent profondément.

Adis Kajic

Coordinateur général de Médecins du Monde Suisse en Haïti

Le Grand-Sud sous les eaux

Depuis le 24 octobre, des pluies torrentielles frappent les départements du Sud, des Nippes et de la Grand’Anse. Selon OCHA, quatre personnes sont décédées, deux pêcheurs sont portés disparus et 1’920 familles sont sinistrées dans les Nippes. Plus de 2’500 maisons ont été inondées, ainsi que l’hôpital de Corail et le centre de santé de Chambellan. Les routes en terre sont coupées, les stocks d’urgence quasi vides.

La région accueille près de 407’000 personnes ayant fui la violence de Port-au-Prince et se trouve déjà en situation de crise alimentaire. Or l’acheminement de l’aide vers le Sud reste entravé par l’insécurité. Les risques de maladies hydriques sont élevés.

Les pluies torrentielles ont causées de nombreux dégâts, notamment aux ponts et aux routes, isolant totalement certaines communautés. © Octobre 2026, images du staff MdM

Médecins du Monde demande :

  • à toutes les parties impliquées dans les violences : la protection des civils, du personnel de santé, des structures de santé et des travailleur·se·s humanitaires, conformément au droit international humanitaire ;
  • aux autorités haïtiennes et aux acteurs internationaux : un accès humanitaire sûr et sans entrave, y compris vers les zones sinistrées du Grand-Sud ;
  • aux bailleurs de fonds et aux États : un financement d’urgence à la hauteur d’une double crise trop souvent oubliée.