Le corps qui migre : A travers l'art, MdM alerte sur la violence à laquelle sont confrontées les femmes migrantes au Mexique et en Amérique centrale

© Artwork Alexa Forero
Qu'implique le fait de migrer avec un corps systématiquement exclu des services de santé ? Que se passe-t-il lorsque le transit implique non seulement de franchir des frontières géographiques, mais aussi de subir des violences structurelles et institutionnelles ? Loin d'être rhétoriques, ces questions ont donné naissance à l'installation artistique LA CUERPA QUE MIGRA (Le corps qui migre), présentée à Mexico par Médecins du Monde.
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400
cas de violences basées sur le genre ont été traités par l’équipe de Médecins du Monde à Tapachula.
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60
%
des femmes migrantes déclarent se sentir en insécurité pendant leur transit.
Au Mexique et en Amérique centrale, être une femme et une migrante signifie être confrontée à de multiples formes de violence : exclusion du système de santé, agressions sexuelles, peur constante.
L’engagement de Médecins du Monde auprès des femmes exilées
Bien que le Mexique dispose d’un cadre juridique avancé en matière de santé sexuelle et reproductive, des milliers de femmes qui traversent ses frontières n’ont pas accès à des soins dignes, en raison notamment de barrières administratives (CURP, le document de résidence mexicain).
Depuis des années, Médecins du Monde mènent des actions humanitaires et de coopération internationale dans la région, en mettant l’accent sur la santé sexuelle et reproductive, la prévention des violences basées sur le genre et les soins médicaux aux personnes migrantes. Dans des endroits comme Tapachula, à la frontière sud du Mexique, nos équipes ont documenté des obstacles structurels alarmants à l’accès aux services de base. Ces preuves se sont traduites par des actions directes, des actions de plaidoyer politique et, désormais, également par l’art.
L’engagement par l’art
L’artiste visuelle Alexa Forero est la créatrice de LA CUERPA QUE MIGRA, une installation qui combine des ressources graphiques, sensorielles et testimoniales pour traduire le travail de terrain de Médecins du Monde en un récit esthétique, politique et profondément humain. Son œuvre propose un exercice de mémoire collective, de dignité et de résistance, interpellant les institutions, les médias et les citoyens. À partir de l’image, Alexa tisse des ponts entre les corps réels et les droits bafoués, entre les statistiques froides et les émotions urgentes.

© MdM
Exposition La cuerpa que migra. Mexique, août 2025.
Rendre visible ce que vivent les corps migrants est une forme de justice. L'art nous permet de raconter ce que les systèmes taisent : que la santé est aussi une frontière, et qu'elle s'impose avec violence.
Artiste
Les données recueillies confirment une réalité inquiétante : 6 femmes migrantes sur 10 prises en charge se sont senties en insécurité pendant leur transit, et plus de la moitié ont subi une forme de violence sur le territoire mexicain. À cela s’ajoutent les obstacles juridiques, sociaux et institutionnels qui empêchent l’accès à la contraception, aux soins obstétricaux d’urgence ou à l’interruption volontaire de grossesse.

Exposition La cuerpa que migra. Artwork de Alexa Forero. Mexique, août 2025.
LA CUERPA QUE MIGRA
LA CUERPA QUE MIGRA a été présentée dans un premier temps à Mexico et fera ensuite étape dans trois autres villes d’Amérique latine : Tegucigalpa (Honduras), Guatemala city (Guatemala) et Bogotá (Colombie).
L’objectif est de créer un espace de réflexion collective sur les obstacles et les défis auxquels sont confrontées les femmes migrantes et les personnes LGBTIQ+ lors de leur transit par l’Amérique centrale et le Mexique, d’attirer l’attention du public sur cette question urgente et de promouvoir de nouvelles alliances pour la santé et la justice sociale des femmes en situation de mobilité.
En outre, le site interactif lacuerpaquemigra.com a été créé pour permettre de découvrir les histoires, les visages et les noms des femmes qui participent à cette initiative. Une ressource qui invite à ne pas rester indifférent face aux violences que subissent leurs corps et leurs parcours de vie.
La cuerpa que migra

© MdM
Action de Médecins du Monde au Mexique auprès des personnes exilées. Octobre 2024